Prolongement du T10 : Un projet démesuré au détriment du bon sens ?
Suite à la réunion publique organisée par Île-de-France Mobilités (IDFM) le 6 juillet dernier à la salle Hunebelle concernant le projet de prolongement du T10, nous tenons à faire un point d’étape avant l’enquête publique prévue début 2027.
Devant une centaine de personnes, pendant près de deux heures et demie, beaucoup de questions ont été soulevées, notamment sur l’utilité réelle du projet, sur le tracé exact, les expropriations…
Des nuisances majeures pour un impact incertain
Ce chantier s’annonce particulièrement lourd pour notre commune. Concrètement, le projet prévoit une entrée du tunnelier après la station actuelle du Jardin Parisien, la suppression d’une des deux stations-service avenue Trébignaud, un ouvrage annexe dans la forêt à proximité du terrain de boule, une station rue du Guet, une station rue Victor Hugo (ancien verger), une station à la gare et un ouvrage annexe rue du Chemin Vert.
Nous posons la question de la justification sociale, économique et environnementale du projet. Celui-ci engendrera des nuisances pour des milliers de Clamartois, de la pollution, des risques pour le sous-sol, mettra en péril de nombreux commerces Il imposera des emprises de plusieurs milliers de mètres carrés, l’équivalent de plusieurs terrains de football, et nécessitera au moins 20 expropriations. De plus, alors que la durée des travaux sera probablement de près de dix ans (si tout va bien), la mise en service promise pour 2032 il y a peu, passe désormais à 2038, un décalage qui interroge sur la fiabilité des prévisions d’IDFM et des annonces faites par la Région IdF.
Une rentabilité économique sur la corde raide
S’agissant d’un projet de transport public comme le prolongement en tunnel du T10, l’évaluation de son utilité est simple : on compare ce qu’il va rapporter à la société, comme les gains de temps, les reports modaux ou la baisse de la pollution, avec ce qu’il va coûter aux contribuables.
Ce projet de près d’un milliard d’euros pour 3 kms, est construit sur des hypothèses très optimistes en termes de fréquentation (d’autant que la fréquentation réelle mesurée sur le tronçon existant après 3 ans de fonctionnement est très nettement en-deçà des prévisions).
Pour rappel, en 2021, la justice avait déjà annulé la première déclaration d’utilité publique parce que la première phase du projet, en surface, n’affichait qu’une rentabilité dérisoire de 2 %. Aujourd’hui, on nous annonce pour ce tunnel un taux de rentabilité de 3,7 %. Le seuil minimal exigé aujourd’hui par l’État étant de 3,2 %, nous naviguons avec une marge minuscule de 0,5 %.
Cette marge repose sur des hypothèses très optimistes, favorables au projet : des coûts réduits, des délais de réalisation respectés et des prévisions de fréquentation encore revues à la hausse. Or, nous parlons de creuser un tunnel de plus de 3 kilomètres sous Clamart. Un an de retard ou 15 % de surcoût, ce qui est malheureusement la norme sur ce genre de chantier complexe, et le projet perd instantanément tout intérêt socio-économique pour la collectivité.
L’argent public mérite de meilleurs choix
Au final, la question est celle du bon usage de nos impôts. Avec plus de 3 500 milliards de dette publique cumulée par l’État et les collectivités locales, l’argent est rare et nous devons faire des choix rigoureux pour nos nouveaux investissements. Qu’en est-il du budget de fonctionnement que cela va générer ? Aurons-nous les moyens de soutenir ces charges croissantes alors que nous avons déjà du mal à faire vivre l’existant ? D’autant plus qu’IDFM s’endette de plus en plus, rejoignant en cela la trajectoire des collectivités locales et de l’État.
En Île-de-France, de nombreuses lignes de transports existantes saturent et attendent des modernisations urgentes. D’autres projets, bien moins risqués, à l’intérêt plus avéré, attendent désespérément des financements. Cet argent public y serait infiniment plus utile et efficace, pour le quotidien de millions de Franciliens, et des Clamartois, pour la transition environnementale, plutôt que bloqué dans un tunnel à la rentabilité si fragile.
Face à ces incertitudes, les Clamartois veulent de la rigueur et de la transparence, pas des paris financiers hasardeux.
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